Les attaques du bétail par les vautours : mythe ou réalité ?

Par , 6 juin 2014 16 h 59 min

Cette année encore les “attaques de bétail” se sont produites de façon encore plus précoces et la presse encore plus virulente, relatant les faits de façon toujours plus partiale, avec des enquêtes toujours à charge. Pour le vautour, la présomption d’innocence n’existe pas. Les calomnies les plus grossières ne sont jamais démenties. Par exemple, l’annonce aberrante par France Info que la mort de la randonneuse ayant fait une chute de plus de 300 m avait été provoquée par les vautours. Aucune communication sur cette erreur, seulement une rectification bien trop tardive, que personne n’aura remarqué. Tous auront sans doute cru que les vautours achevaient les malheureux randonneurs qui faisaient des chutes.

En ce qui concerne les prétendues attaques de bétail, l’éleveur de bonne foi, mais qui ne connaît pas les vautours, n’a pas eu le temps de s’apercevoir que sa vache était déjà morte. Il a vu venir un groupe de vautours, il est donc persuadé qu’ils l’ont tuée.

Pourtant beaucoup d’études les disculpent. Les résultats de l’une d’entre elles, de Pablo M. Doblado et Rafael Arenas, ont été publiés dans la célèbre revue espagnole Quercus. Le ministère de l’Environnement et de l’Aménagement d’Andalousie a analysé trente cas d’attaques supposées par les vautours sur du bétail. Dans la plupart des cas, une interprétation erronée des faits attribue à ces charognards un comportement de prédateurs mais “le dénominateur commun à tous les cas analysés (…) est l’absence de surveillance du bétail pendant l’attaque supposée et la fuite immédiate des rapaces lorsqu’ils sont surpris”. Souvent les éleveurs pensent que les vautours ont changé de comportement, mais ce que prouve cette étude c’est que ce sont les éleveurs qui ont changé de comportement, laissant le plus souvent leurs troupeaux seuls, sans chiens. “En Andalousie, la présence humaine dans les exploitations extensive a été réduite au minimum depuis la disparition du loup à la fin du siècle dernier, les attaques de vautours paraissent plus fréquentes depuis lors.”

D’autres études vont dans le même sens. Jokim Larumbe du ministère de l’environnement de Navarre nous a donné ses constatations portant sur les plaintes des éleveurs dans cette province espagnole. Avec une population de plus de 8 000 vautours et un cheptel de 750 000 moutons, sur 60 plaintes des éleveurs, il y a seulement 2 ou 3 cas douteux en moyenne par an, pour lesquels il n’est pas totalement impossible d’écarter l’hypothèse que les oiseaux aient provoqué la mort du bétail. Ce qui est tout à fait insignifiant avec autant de vautours et de moutons. Si les vautours étaient agressifs, le nombre de cas serait sans doute plus élevé. Cependant, même dans ces cas très minoritaires, personne n’a jamais pu prouver une quelconque agressivité de la part des vautours.

L’avenir des vautours est bien sombre. La pression médiatique est si grande que des mesures contre les vautours risquent d’être adoptées. Il y a déjà des tirs illégaux, des empoisonnements… Et maintenant une autre menace inquiète beaucoup les scientifiques. Le diclofénac, médicament que l’on prescrit au bétail et qui a anéanti les populations de vautours en Inde, vient d’être autorisé en Europe. Pourtant le rôle du vautour comme assainisseur de nos montagnes est incontestable. Ils évitent les frais d’équarrissage en nettoyant gratuitement dans des lieux parfois totalement inaccessibles. Et magnifiques en vol, ils font la joie des photographes et des amateurs de nature.

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